D'accord,
j’aurais dû comprendre dès mon 1er jour de vacances
en traversant le vignoble de Saint-Pourçain (touché
par la grêle au mois de juillet) que la rentrée alimentaire
serait difficile.
Depuis, je suis passé par la vallée du Rhône
et ses vergers désespérés, j’ai appris
que les poules sont mortes par milliers dans des élevages
hors-sol, que le taux de protéines du lait des vaches étant
insuffisant le Comté serait de piètre qualité,
que la production de maïs a chuté de 25% d’une
année sur l’autre, que les noix seront plus petites
cette année, que la récolte de pommes devrait reculer,
que le prix des fruits et légumes est si élevé
que je me demande encore comment je vais pouvoir en consommer 10
par jour.
Pendant le mois d’août, la presse m’a tenu régulièrement
informé des suites de l’affaire Buffalo Grill, j’ai
bien compris que le chocolat n’est plus ce qu’il était
et je suis resté coincé derrière les camions
qui transportaient du fourrage pour les animaux affamés.
Je me suis rabattu sur les mirabelles - de qualité exceptionnelle
cette année - mais ça ne suffit pas à faire
un repas.
Au secours !
Comme tout le monde, j’ai doublé ma consommation
d’eau en bouteille, le maire de ma commune de résidence
faisant état d’un risque sanitaire sur le réseau
d’eau potable, et j’avoue, j’ai bien mangé
2 ou 3 glaces de plus cet été qu’en 2002,
mais aujourd’hui, remonté à la capitale depuis
maintenant un mois et après avoir fait les courses pour
la rentrée des enfants, dites, M’sieur, qu’est-ce
que je mange ?
Au-delà de la réponse à un besoin primaire
(il faut bien manger pour vivre), manger et donc consommer répond
à un plaisir, un petit bonheur (ou un grand suivant les
cas). Mais pour cela, il faut avoir envie de consommer, envie
d’acheter, bref avoir le désir de ... et là,
je commence à bloquer un peu.
Attention, la presse est parfaitement dans son rôle en informant
la population des malheurs de l’agriculture, les syndicats
se doivent de demander haut et fort des aides pour compenser légitimement
les dramatiques pertes d’exploitation et l’Etat doit
assurer la profession de sa considération et de son soutien;
il n’en reste pas moins que le consommateur, lui, est censé
consommer.
Et pour cela il faut lui donner envie.
Alors chacun pourrait faire un effort pour communiquer un tant
soit peu positivement sur le plaisir de manger un magret de canard,
une entrecôte, des beignets de courgettes, une tarte aux
poires ou simplement une pêche à point.
Allons, il reste des arguments.
Quels que soient les moyens employés (relations presse,
publicité, opérations événementielles,
changement de packaging, etc.), les professionnels se doivent,
chacun à sa manière, de communiquer po-si-ti-ve-ment.
Juste pour équilibrer.
Les consommateurs dont je suis vous remercieront.
(Texte paru dans "Les marchés" du 6 octobre
2003) |
|
|